Le Bulletin d'analyse phénoménologique

Les phénoménologues se sont habituellement focalisés sur la perception lorsqu’il s’agissait de source de connaissance, mais qu’en est-il de la remémoration ? Qu'est-ce que la remémoration? Comment fonctionne-t-elle? Et peut-elle être également une source de connaissance ? On tente ici de répondre à cette question, avec l’aide de Dorion Cairns.

Phenomenologists have usually focused on perceiving as a source of cognition, but what about recollecting? What is it? How does it work? And can it also be a source of cognition? Answers are attempted here with some help from Dorion Cairns.


Lire tout l'article... Add a comment

Vox Philosophiae vous recommande : - Le Bulletin d'analyse phénoménologique

Sur le modèle des représentations et des propositions en soi de Bolzano, Husserl a envisagé les significations comme des unités idéales-objectives qui sont accessibles à plusieurs consciences et qui perdurent au-delà des actes psychiques passagers dans lesquels elles se réalisent. Indépen­dantes des opérations subjectives, les unités sémantiques seraient donc transcendantes, c’est-à-dire extérieures à la conscience. Cependant, en posant la subjectivité transcendantale comme un absolu par rapport auquel tout objet, réel ou idéal, se définit, la phénoménologie transcendantale-constitutive est finalement incapable de rendre compte de cette transcendance dont elle nie le caractère absolu au profit de la conscience : une fois que les unités de sens sont définies comme des formations logiques issues de l’activité catégoriale, leur « transcendance » n’est plus qu’un sens d’être intention­nellement constitué. Dès lors, peut-on expliquer la « transcen­dance » des unités de sens, sans vider ce concept de son contenu essentiel, sans retirer aux significations leur indépendance et leur extériorité vis-à-vis de la conscience ? L’hypothèse la plus simple consisterait à dire qu’avant de traduire la manière dont les objets sont représentés par la conscience, les significations conceptuelles sont liées aux propriétés que la pensée a arra­chées à leurs substrats pour en faire des marques distinctives. Mais cet ancrage ontologique soulève à son tour de multiples difficultés, si bien que Husserl, pour expliquer la transcendance des significations sans contrevenir à ses principes idéalistes, n’a pas d’autre choix que d’invoquer un ancrage linguistique : une fois consignées dans des signes extérieurs, les pensées sortent de la sphère privée, acquièrent une extériorité, une publicité et une solidité en vertu desquelles elles se conservent au-delà des vécus passagers, et sont à tout moment accessibles à toute conscience. Cependant, si le langage commun apparaît, pour les consciences, comme l’ultime condition de possibilité de la transcendance des significations, il n’en demeure pas moins que la transcendance qui leur revient avant qu’elles ne soient exprimées — car pour Husserl les significations, dont l’unité s’oppose à la multiplicité des signes susceptibles de les transcrire, ne sont pas nécessaire­ment exprimées — demeure un postulat métaphysique qui pourrait bien s’effondrer avec l’hypothèse d’une traductibilité translinguistique du sens qui lui sert de corollaire.


Lire tout l'article... Add a comment

Vox Philosophiae vous recommande : - Le Bulletin d'analyse phénoménologique

Il s’agira ici de préciser les enjeux, les résultats et les lignes de tension de l’analyse ontologique des œuvres d’art telle qu’elle est développée par Roman Ingarden. Si en effet le programme ontologique d’Ingarden se déploie de manière large et complexe entre ontologie formelle, matérielle et existentiale, il tend aussi à absorber la phénoménologie de la conscience pure en tant que celle-ci constitue une région ontologique spécifique. À partir de ce renversement des rapports entre ontologie et phénoménologie, Ingarden élabore une conception de la constitution réservée aux seuls objets intentionnels et expressément distincte de la phénoménologie génétique transcendantale. Ce faisant Ingarden rencontre sur le terrain esthétique une double difficulté et comme une double contrainte : rendre compte, d’une part, de la constitution des objets esthétiques qui ne sont pas donnés d’avance mais résultent variablement des opérations de concrétisation des divers récepteurs, et déterminer, d’autre part, les conditions de leurs valeurs, lesquelles relèvent à leur tour d’une opération de constitution soumise à variation. Nous essaierons alors d’envisager jusqu’à quel point Ingarden peut maintenir l’approche ontologique en position exclusive.


Lire tout l'article... Add a comment

Vox Philosophiae vous recommande : - Le Bulletin d'analyse phénoménologique

 

Sens et limites de l’analyse ontologique dans l’esthétique de Roman Ingarden

Documents annexes

Il y a 1 document annexé à cet article. 

Résumé

Il s’agira ici de préciser les enjeux, les résultats et les lignes de tension de l’analyse ontologique des œuvres d’art telle qu’elle est développée par Roman Ingarden. Si en effet le programme ontologique d’Ingarden se déploie de manière large et complexe entre ontologie formelle, matérielle et existentiale, il tend aussi à absorber la phénoménologie de la conscience pure en tant que celle-ci constitue une région ontologique spécifique. À partir de ce renversement des rapports entre ontologie et phénoménologie, Ingarden élabore une conception de la constitution réservée aux seuls objets intentionnels et expressément distincte de la phénoménologie génétique transcendantale. Ce faisant Ingarden rencontre sur le terrain esthétique une double difficulté et comme une double contrainte : rendre compte, d’une part, de la constitution des objets esthétiques qui ne sont pas donnés d’avance mais résultent variablement des opérations de concrétisation des divers récepteurs, et déterminer, d’autre part, les conditions de leurs valeurs, lesquelles relèvent à leur tour d’une opération de constitution soumise à variation. Nous essaierons alors d’envisager jusqu’à quel point Ingarden peut maintenir l’approche ontologique en position exclusive.

Table des matières

Le projet de clarification du mode d’être des objets intentionnels engage Roman Ingarden dans une démarche d’analyse ontologique dont la visée philosophique dernière est de trancher le débat Idéalisme-Réalisme1. Il s’agit en effet pour Ingarden de contrer la thèse husserlienne visant à reconduire l’ensemble de la réalité au statut d’objet noématique, ou d’objet intentionnel constitué dans et par la subjectivité transcendantale. Dans la mesure où « l’arbre-en-tant que-perçu » ne peut pas brûler (Ideen I, § 89), il n’est pas une chose réelle et ne saurait donc prétendre l’être ; mais encore faut-il pouvoir démontrer et fonder cette conviction réaliste. C’est pourquoi Ingarden se propose de comparer les statuts ontologiques respectifs de l’objet intentionnel et de l’objet réel pour en tirer toutes les conséquences quant au risque que fait courir l’adoption de la phénoménologie transcendantale.

Il développe à cette fin un vaste programme d’investigation onto­logique des différents types d’objets possibles, se déployant entre ontologie formelle, matérielle et existentiale. Cette grande tâche sera l’objet spécifique du Der Streit um die Existenz der Welt, à partir de 1947, mais la démarche en est amorcée dès 1929 avec l’analyse de L’Œuvre d’art littéraire qui propose explicitement de clarifier le statut ontologique des objets de fiction littéraire. Comme l’atteste le sous-titre de l’édition allemande, il s’agit de Recherches à la frontière de l’ontologie, de la logique et de la science littéraire. Ce pro­gramme est prolongé en 1937, dans son versant phénoménologique avec le texte intitulé De la connaissance de l’œuvre littéraire2 où il s’agit cette fois d’analyser les différent types de vécus de connaissance qui s’exercent sur la matière du texte littéraire. Au cours de cette même décennie, Ingarden dé­ploiera sa méthode ontologique sur l’ensemble des domaines artistiques en examinant tour à tour la musique, la peinture, l’architecture et le film. Quant à la sculpture, si elle ne fait pas l’objet d’un traitement ad hoc, elle est régu­lièrement évoquée en contrepoint des analyses de la peinture et de l’architec­ture.

L’analyse ontologique des objets artistiques et esthétiques s’emploie avec un réel succès à déterminer leur mode d’être, leur structure, les moments existentiels de dépendance qui les caractérisent et marquent les rapports de fondation sans lesquels ils ne sauraient exister. Mais au cours de ces recherches, Ingarden rencontre une double difficulté et comme une double contrainte car il lui faut, d’une part, rendre compte de la constitution des objets esthétiques qui ne sont pas donnés d’avance mais apparaissent au cours de la concrétisation esthétique et, d’autre part, déterminer les condi­tions de leurs valeurs, lesquelles relèvent à leur tour d’une opération de constitution soumise à différentes variables. Cette double difficulté réinter­roge le sens de la séparation prudemment établie entre analyse ontologique et analyse génétique. C’est pourquoi je me propose d’essayer de situer la ligne de tension sur laquelle Ingarden s’efforce de se maintenir entre ontologie descriptive et phénoménologie de la constitution. Dans la mesure où ses recherches en esthétique s’infléchissent progressivement, allant de l’onto­logie des œuvres d’art à la phénoménologie des vécus créateurs et récepteurs puis jusqu’à une interrogation onto-phénoménologique sur le fondement des valeurs esthétiques et la source de leur constitution, je voudrais alors montrer comment l’oscillation entre ontologie et phénoménologie trouve son point culminant dans la question des valeurs et, de ce fait, rend problématique le sens de sa divergence avec Husserl. Dès lors qu’Ingarden propose dans les dernières années de ses recherches ni plus ni moins qu’une esthétique de la « rencontre », la question se pose de comprendre comment il lui est possible de maintenir l’ontologie en première place.

 


Lire tout l'article... Add a comment

Vox Philosophiae vous recommande : - Le Bulletin d'analyse phénoménologique

La présente étude prend son point de départ dans les cours donnés par Husserl à Göttingen dans les années 1904-1905, Hauptstücke aus der Phänomenologie und Theorie der Erkenntnis. À partir des notions ébauchées dans ces cours de jeunesse, nous aimerions indiquer quelques possibilités encore largement inexploitées concernant l’analyse de l’intersubjectivité. Les thèmes de l’attentionnalité (Attentionalität) et de l’interattentionnalité seront ainsi présentés à partir d’une comparaison entre l’attention (Aufmerksamkeit) active et passive d’une part, et l’attentivité (Aufmerksamsein) à l’égard de l’Autre et la responsivité dans la coexistence humaine d’autre part. L’attentionnalité apparaîtra alors comme la structure fondamentale de l’expérience humaine, constituée de l’alternance d’une formation de sens (Sinnbildung) dans l’indisponible et d’une institution de sens (Sinnstiftung) de la conscience intentionnelle. Notre réflexion sur la notion de l’interattentionnalité nous amènera à démontrer que cette alternance constitutive de l’expérience possède des caractéristiques spécifiques qui se manifestent dans la rencontre avec l’Autre. Ce sont ces caractéristiques que nous aimerions pouvoir démontrer à partir des analyses phénoménologiques qui suivent.

The starting point of this article is the course Husserl gave in Göttingen in the years 1904-1905, entitled Hauptstücke aus der Phänomenologie und Theorie der Erkenntnis. Starting from some notions sketched in this early course, I indicate some largely unexploited possibilities in the analysis of intersubjectivity. Attentionality (Attentionalität) and interattentionality are described by contrasting active with passive attention (Aufmerksamkeit) on the one hand, attentiveness (Aufmerksamsein) to the Other with responsiveness in human co-existence on the other. Attentionality is then showed to be the fundamental structure of human experience, consisting in an alternation of sense-fashioning (Sinnbildung) and intentional sense-institution (Sinnstiftung). Further reflection on interattentionality finally allows me to show that this alternation constitutive of experience has special features which are revealed in the encounter with the Other. The aim of the following phenomenological analyses is to elucidate these latter features.


Lire tout l'article... Add a comment

Vox Philosophiae vous recommande : - Le Bulletin d'analyse phénoménologique

Plus d'articles...

Page 1 sur 4

Début
Précédent
1

Critique moi !

Ce site est destiné à ceux qui aiment les livres, à ceux qui aiment parler des livres, à ceux qui aiment entendre parler des livres. Il propose des critiques de livres, pas forcément des nouveautés, pas forcément des livres connus. Progressivement, le site va s’enrichir, le but étant de retenir des impressions de lecture, pouvant conseiller ou orienter des lecteurs probables. Evidemment, comme tout lieu proposant des critiques littéraires, les critiques qui sont faites sont personnelles, liées à la personnalité, l’histoire, les goûts, la culture de leurs auteurs, et n’engagent que ces auteurs. Ce site est également un lieu d’échanges, puisque vous pouvez laisser des commentaires sur les critiques qui vous intéressent.

Les Promesses de la communication, Nicole d' Almeida

Détails sur le produit Les Promesses de la communicationPar Nicole d' Almeida Prix catalogue: EUR 24,00 Prix: EUR 22,80 & éligible à la livraison [...]  

Eloge du risque par Anne Dufourmantelle

Eloge du risquePar Anne Dufourmantelle Prix catalogue: EUR 18,50 Prix: EUR 17,58 & éligible à la livraison gratuite pour les commandes de plus de 20 Euros. [...]  

100 mots pour commencer à philosopher, François Dagognet

Détails sur le produit 100 mots pour commencer à philosopherPar François Dagognet Prix catalogue: EUR 14,48 Prix: EUR 13,76 & éligible à la livraison [...]  

La justice: Prépas scientifiques - Programme 2011-2012 Par France Farago, Christine Lamotte

La justice: Prépas scientifiques - Programme 2011-2012Par France Farago, Christine Lamotte Prix catalogue: EUR 19,50 Prix: EUR 18,53 & éligible à la livraison [...]  

Guide pour l'explication de texte philosophique Terminales ES/L/S : Une méthode et ses exercices progressifs intégralement corrigés, Ronald Bonan, Pascal Cristiani

Détails sur le produit Guide pour l'explication de texte philosophique Terminales ES/L/S : Une méthode et ses exercices progressifs intégralement corrigésPar Ronald [...]  

101 Expériences de philosophie quotidienne, Roger-Pol Droit

101 Expériences de philosophie quotidiennePar Roger-Pol Droit Prix catalogue: EUR 20,50 Prix: EUR 19,48 & éligible à la livraison gratuite pour les commandes [...]  

Encyclopédie philosophique universelle, tome 1 : L'Univers philosophique, André Jacob

Détails sur le produit Encyclopédie philosophique universelle, tome 1 : L'Univers philosophiquePar André Jacob Prix catalogue: EUR 190,50 Prix: EUR [...]  

L'Homme révolté par Albert Camus

L'Homme révoltéPar Albert Camus Prix catalogue: EUR 7,80 Prix: EUR 7,41 & éligible à la livraison gratuite pour les commandes de plus de 20 Euros. [...]