basquiat

Qu’il n’y ait pas deux fois la même configuration du fleuve pour celui qui s’y plonge, comme le veut une longue tradition qui remonte au Gange, cela signifie d’abord pour lui son irréversibilité. Héraclite scande l’image d’une certaine gravité des flots par le caractère linéaire d’un cours excluant toute répétition, sauf une répétition du différent, une autre eau tous les jours, des bulles incomparables, nouvellement ventilées à chaque instant. Même, identique par son parcours, le fleuve est cependant toujours autre en son aspect. Il est, en ce sens, pris sous un partage qui implique, pour le même fleuve, l’impossibilité d’un retour en arrière, la pente d’un cosmos qui s’épanche toujours de l’avant. C’est là d’ailleurs l’image du temps, la métaphore de sa fuite inexorable, impossible à suspendre. On pourrait supposer néanmoins une autre forme d’identité et de différence que celle du même lit recevant une eau nouvelle tous les jours, et ce serait celle de la turbulence qui dessine sa morphologie spiralée, toujours la même, sur les flots tumultueux du devenir, du passage, du changement le plus dramatique
Mais reprenons d’abord les choses sur le plan de la géographie physique. Des fleuves peuvent, en effet, se croiser, en sens inverse, mais sur une toute autre ligne de partage des eaux, comme c’est le cas par exemple du Rhin et du Danube dans l’un se jette dans la mer du nord et l’autre dans la mer noire. Ce double sens est sans doute instructif, mais c’est néanmoins une toute autre expérience du sens qui nous retiendra. Nous préoccupera plutôt la turbulence d’un seul et même fleuve qui présenterait, pour prendre une expression de Hölderlin, un double détournement, un double sens, écartelé par une césure qui ferait paradoxalement figure d’inversion. D’où la possibilité de revenir en amont vers cette eau dans laquelle nous nous sommes déjà baignés, inversant ainsi ce sens fléché qui va du passé au futur. Et il me semble que c’est bien là le sens moderne d’une expérience tragique, la tragédie telle que l’envisage Hölderlin par ses Remarques sur la tragédie et sa tentative de traduire Sophocle, sans parler de sa version d’Empédocle.
Il est possible en effet de remonter le cours du fleuve, de se baigner dans la même eau que celle des grecs jusqu’à renouer avec l’entreprise de Sophocle telle que celle-ci ne s’est jamais aussi bien réalisée. Une manière de faire revenir Sophocle de façon plus Sophocléenne que Sophocle. Et ce retour, cette répétition, réactivent en quelque sorte le cours du fleuve en un tout autre sens, découvrant une nouvelle signification qui n’a rien à voir, en tout cas, avec le caractère linéaire de l’ordre, avec la mise en intrigue du récit classique refigurant les événements selon la représentation chronologique de la scène. Au lieu que le fleuve tumultueux de l’existence soit pacifié par le fleuve réglé du discours, repris en ses eaux calmes et canalisées, voici que le poème en aggrave les remous.
Il y a chez Hölderlin, bien avant Hermann Hesse, l’idée d’un déchirement si catégorique qu’il ne trouvera plus la flèche capable de l’orienter. On peut dont retrouver les Grecs en aval, ou peut-être trouver dans les sédiments de l’histoire, des stratifications que montrent les fleuves pourtant les plus lents et les plus majestueux. Remonter aux Grecs, cela consiste, à renouer avec la tragédie, avec sa démesure, de manière qui ne ressemble pas du tout au récit, à la fable. C’est que le langage est ordonné lui aussi par la métaphore du débit, du flux de parole, du fleuve des discours censés ordonner rationnellement le cours du monde et d’en produire une « catharsis ». La folle entreprise de Hölderlin sera alors d’introduire par la poésie une césure, une catastrophe dans la belle succession des discours tout en inversant d’ailleurs le cours de l’histoire, affirmant contre Hegel que les grecs sont devant nous et que le fleuve du temps n’a pas seulement un sens absolu ni même circulaire, mais fourchu
Le fleuve en lequel Hölderlin nous pousse et engage la littérature ne concerne donc pas la fable, le récit de fiction qui déboucheraient sur une refiguration réglée des événements, voire une chronique morale, orientée par l’enchainement des causes et des effets, offrant un axe chronologique à ce qu’il faut entendre, comprendre et agir. Il nous semble que, au niveau poétique déjà, Hölderlin pratique sur le cours du fleuve une coupe, un instantané, un arrêt sur image dont l’éblouissement ne rend pas du tout sensible la succession linéaire ni cette chronologie dont la tradition a toujours emprunté au fleuve sa métaphore. Il faut avouer que, très jeune déjà, la vision Hölderlienne du fleuve est venue chambouler le bel ordre, s’évertuant à faire communiquer les plus grandes distances en mettant sur un même plan le proche et le lointain, expérience que Kierkegaard avait éprouvé au Théâtre, dans le mugissement anonyme des discours, ramené à l’image de la rivière du jardin paternel. Au lieu de percevoir le fleuve sous la métaphore usée du changement ou du dépassement fléché que Hegel formule par l’ « Aufhebung » successive de la raison dans l’Histoire, Hölderlin y voit plutôt une instance géographique, un espace qui réussit à faire coexister et se rencontrer des différences que pourtant il sépare du même geste, brutalement, comme les extrémités d’un bâton impossibles à suturer. C’est très différent de la circularité Hégélienne, du temps Hégélien pour lequel ce qui revient, revient enrichi de sens, réfléchi sur soi et pour ainsi dire intériorisé par l’Esprit. Le bâton, en effet, s’il est parfaitement « un » présente deux bouts différents, non superposable. Cette mise en regard du dissemblable, du coextensif est ce que nous voudrions dégager de manière qui entre en confluence avec le geste de Hölderlin dont l’écriture annonce une époque que la littérature contemporaine réalise au mieux et que Hesse avait réactivée au niveau du « Jeu des perles de verre ».
Dans une lettre à sa mère qui date sans doute de juin 87 Hölderlin décrit la rencontre avec le Rhin de la manière suivante : « Le soir tombait quand je suis arrivé à l’endroit nommé « Grain » (…). J’ai cru renaître à la vie au spectacle qui s’offrait à moi. (…) mon esprit s’envola vers l’infini –j’étais saisi d’étonnement- je ne savais plus ce que je voyais, je restais figé –telle une statue. Qu’on s’imagine le Rhin dans sa majesté tranquille venant de si loin qu’on ne distingue presque plus les bateaux –s’en allant si loin qu’on les prendrait pour un pan de mur bleu, et la rive opposée couverte d’épaisses forêts sauvages ». C’est là finalement une perception de statue figée, celle du peintre plus que du musicien ou du poète. Le fleuve est ici saisi dans l’instantanéité de trois plans qu’il stabilise, pour ainsi dire, en l’immobilité d’un mur bleu : la rive d’en face, l’amont et l’aval dont l’intrication devient indiscernable produisant ce qu’on se contenterait de nommer une turbulence. Mais, pour le moment, on mettra en réserve ce point. On se penchera davantage sur cette géographie fluviale dont nous venons de risquer la formule. Le fleuve s’en trouvera comme mis en suspens par le regard d’une statue, gelé par une prise de vue Hölderlinienne. Mais il nous faut y accéder assez lentement pour comprendre.
Un pan de mur bleu se détache sur le grand aplat vert de la forêt d’en face, et l’infini de la distance qui va et vient, du fleuve qui monte et descend, fait se rencontrer des intervalles énormes de temps dans le même présent. Comme une étoile peut-être déjà éteinte, le fleuve vient de loin et prolonge des villes qu’il traverse d’un même lit. Il n’y a plus ici de succession, mais communication de régions hétérogènes et naturellement séparées, prises pourtant sur le même aplat. Nous insistons si vivement sur cet instantané pour laisser entendre qu’il ne saurait être question d’envisager le fleuve sous la métaphore de la durée, cette fuite du temps qu’il sert généralement à illustrer. On est dans un tout autre univers. Celui de l’éclair, immobile, qui joint les contraires aussi éloignés soient-il en un même espace.
Impossible, en effet, de distinguer dans la vision Hölderlinienne le cours de l’éclair, de percevoir son sens, de préciser s’il monte vers le ciel ou s’il tombe sur terre. Le parcours de l’éclair est uniforme, immédiat, mêlant le point d’origine et le point d’aboutissement dans l’indiscernable. Il n’a pas de sens de propagation. Et c’est sans doute là la figure du monstrueux dans le débordement tragique. Cette prise de vue qui mêle l’origine à sa fin le long de la déchirure de l’arc électrique est l’expérience d’une tension comparable à celle de l’homme par rapport aux dieux, participant du même écart. C’est la grande découverte de Hölderlin, fort éloignée en ce sens de la dialectique Hégélienne, de la médiatisation progressive d’un mouvement que Hegel appellera un concept. Il y a une fulguration du poète qui ne saura guère être entendu par le philosophe épris de médiations.
Il n’y a pas vraiment nous semble-t-il chez Hölderlin, une marche du fleuve, une lente procession qui serait l’image de la durée ni surtout du progrès de l’Esprit. C’est peut-être là d’ailleurs une vision qui consonne avec sa pathologie, son attention extrême à l’écart, à l’éclair presque schizophrénique (le terme est à la mode, mais tant pis) qui sépare les choses en les réunissant dans l’instant. Nous savons fort peu de choses sur la folie de Hölderlin, et peu importe d’ailleurs qu’elle résulte ou non de sa conception poétique du monde, qu’elle en soit un des symptômes, qu’elle entre en consonance avec le double détournement de l’homme et des dieux, comme des Grecs et des modernes, un peu à l’image de ce fleuve immobile qui met en communication les extrêmes dans une tension fort peu logique. Il nous semble néanmoins qu’on retrouve cette image de l’éclair, imminent, froid d’un froideur de statue, dans un hymne abouti que Hölderlin consacre au Rhin, bien plus tard évidemment que la lettre de jeunesse que nous évoquions en entrée. On ne lira pas l’ensemble du poème qui mériterait une lecture attentive et qui tient tout son effet d’une expérience de l’instantané et de l’immédiat. On retiendra seulement la figure du serpent, ses contorsions et nœuds qui servent à donner vie au fleuve, d’un seul tenant comme un unique corps glissant dont chaque torsion est contemporaine à toutes les autres. Il n’y a pas de successivité pour le corps du serpent dont les ondes s’étalent de manière que nous dirions contemporelle. On s’arrêtera donc un peu sur cette vision qui paraît communiquer immédiatement avec les intuitions de jeunesses citées en guise d’ouverture. Il s’agit, sous cette forme serpentine, du miroitement du Rhin longeant un soleil unanime, autrement réfracté, mais déployé dans un même espace. En voici la formule, très brève, qui donne, du reste, au fleuve toute sa puissance : « C’est l’éclair qui sillonne et déchire la terre, suivi d’un fuyant cortège de forêts enchantées, parmi l’écroulement des monts ».
Comment faut-il entendre cette image ? Il y a bien quelque chose de fuyant sur les bordures. Mais le fleuve est donné en un seul bloc, un seul éclair. Il est vu d’un coup, en son miroitement, depuis un sommet, un peu comme une lame qui zèbre la plaine à l’infini. On comprendra ainsi le fracas du fleuve déchirant les montagnes, les séparant de son stylet, ainsi que les forêts d’ailleurs qui y trouvent leur écart et creusent par là leur face à face. Il s’agit dans l’image picturale qui sous tend le poème du fracassement de le foudre auquel ressemble le zigzag du Rhin, quand de loin, du somment des collines, le soleil en rend visible la contorsion, la fêlure instantanée. Fêlure, césure, serpent luisant c’est d’ailleurs tout un dans la manière de penser que tente Hölderlin avant de sombrer dans le silence, à l’abri des Dieux pour parler avec Heidegger.
Il y a, en tout cas, sous cette conception du fleuve, une aventure de la littérature et du récit dont le tragique n’est plus du tout une synthèse de la disparité, ni même une matrice de configuration comme l’avais supposé Paul Ricœur, de manière finalement tout Hégélienne, lorsqu’il fait du récit une configuration du temps distendu, une configuration de ce que le réel ne saurait pacifier. Avec Hölderlin, le fleuve dit bien autre chose que la lente et calme succession des figures historiques ramassant les âges du monde selon la logique de la raison dialectique. Il dit la déchirure extrême du double détournement, du double mouvement qui, d’un seul coup, d’une seule pièce sépare et éloigne le plus proche du plus lointain, dans les zigzags glissants de la foudre dont les écailles se démembrent aussi sûrement que l’or à la surface du Rhin. Mais nous ne nous sommes pas encore assez engagés dans cette césure dont Hölderlin fait le point de lésion du tragique moderne, plus grec que les grecs, plus loin d’eux parce que tout proches encore, comme l’origine et le point d’aboutissement de l’éclair dont on se rappellera qu’il est d’un seul tenant. Des grecs à nous, le fleuve étend un seul pan dans l’écartèlement des rives et la césure des extrémités détournées.
Et on pourrait considérer qu’à ces extrêmes conjugués du fleuve comme deux cotés injoignables du même éclair convient particulièrement cette formule de Hölderlin dans un lettre à Neuffer en 1799 lorsqu’il évoque un « divin plus infini » reconnaissable à « des différences plus accusées » qui constituent la catastrophe tragique, le miroitement de la brisure pour tenir à distance les extrémités dans le déploiement de la foudre. On peut considérer, sous ce rapport, que le fleuve constitue l’espacement qui disloque la logique spéculative de l’intérieur et la creuse en spirale de manière tout à fait lyrique. La tragédie moderne, au sens où l’entend Hölderlin, est bien un flux, le déploiement en un double sens d’un fleuve qui s’écarte au même instant et se brise sur l’étendue infinie de ses extrêmes, en un seul clin d’œil, en un flash qui désigne l’éblouissement lyrique, très différent de la construction du récit classique, de son unité de temps, de lieu et d’action. Le lyrique n’est pas autre chose sans doute que la divergence d’une onde qui va en tous sens, mais en même temps, tirant aussi bien vers le passé que vers ce futur nommé hespérie par Hölderlin.
C’est cette tension du fleuve dans l’immobilité contemporaine du point d’arrivée et de départ qui fait de lui l’épanchement instantané d’un coup de tonnerre. Ce flux lumineux, vue d’un seul coup depuis la hauteur d’un massif montagneux, me paraît rendre compte au mieux de ce que Hölderlin présente comme le morcellement même du tragique. Voici ce qu’il dit en effet dans un essai qui traite du Fondement pour Empédocle : « la présentation du tragique repose principalement sur ceci que le monstrueux, comment le Dieu et l’homme s’accouple, et comment, toute limite abolie, la puissance de la nature et le tréfonds de l’homme deviennent Un dans la fureur, se conçoit par ceci que le devenir unique illimité se purifie par une séparation illimitée ». Le texte n’est pas facile, ni pour le lecteur d’hier ni pour celui d’aujourd’hui. On y entend néanmoins l’accouplement du plus éloigné, des extrêmes dans la césure que le fleuve réunit en conduisant à l’hallucination folle de son flash, à la vision poétique et même picturale dont Hölderlin avait ouvert le déclic, l’espacement aveuglant, déjà par la lettre à sa mère à laquelle nous avons fait référence en guise d’ouverture.
Ce déchirement infini que montre le fleuve, en joignant l’injoignable, lorsqu’il prend son origine et sa fin dans le même bloc luisant, introduit une compréhension du temps que nous pourrons rapidement rassembler en reprenant un peu le sens de l’écoulement des eaux. Il semble bien que de manière toute classique, on avait retenu du fleuve qu’il coule d’amont en aval pour rendre tangible ce temps qui fuit, ce temps de la guise dont l’écoulement est inexorable et irréversible. Mais c’est là une mauvaise vision du fleuve, bien moins juste que celle que Hölderlin déploie par le lyrisme de l’éclair. En réalité, nous savons depuis longtemps que le fleuve coule en deux sens, et que de minces contre-filets remontent son cours le long d’une turbulence et d’un remous caractéristique qui prennent la durée à rebrousse-poil. Ces contre-filets, observables par de petites sondes ou par un filin de minuscules ballons rouges, donnent une vision plus juste du temps, suivant une espèce de contretemps dont il faut reconnaître que la bifurcation, le double détournement réalisent le cœur palpitant.
Et c’est un autre tragique qui naît de ce constat, un tragique qui met à mort la sempiternelle sentence d’Héraclite en ce que le présent, le sens du présent et du dasein se verront désorientés, tendu en même temps vers ce qui a été et ce qui advient ou revient. C’est la désarticulation du temps augustinien, de la tripe extase par laquelle se succédaient ses dimensions en passé, présent et futur, réunies par la tension de l’âme.
La turbulence, les turbulences sont, à cet égard, les témoins d’une autre vie du fleuve qui retourne d’aval en amont jusqu’à sa source, entraînant le saumon sur cette contre-allée qui me paraît pouvoir conjuguer Héraclite à Parménide, à condition de garder en mémoire l’éblouissement lyrique que Hölderlin déploie par son hymne au Rhin, cet éclair instantané qui rend indiscernable le sens d’écoulement. Il y a là une forme d’éternité donnée dans la turbulence, une stabilisation photographique du mouvement sur laquelle on pourra interrompre cet exposé, finalement trop sommaire et rendu abrupt par la difficulté et peut-être la nouveauté de l’objet dont il traite.
Il est avéré que tout s’écoule et que le devenir universel emporte toute chose en son courant dévastateur. Mais il est non moins avéré que la surface du torrent présente les mêmes ondes, les mêmes accidents qui le rendent identique à ce qu’il est. Aux pieds du pont Mirabeau coule la seine. Et cela est comme nos amours, sans conteste. Il n’empêche qu’en observant mieux les pieds du pont en question, on verra s’enrouler en spirale des turbulences qui ne datent pas d’aujourd’hui et devant lesquelles on verra tournoyer, de la même façon, les fleurs qu’y auront jetés les amoureux déjà égarés par leur beauté. Tout devient et pourtant, sur la surface liquide s’installent des remous durables, des spirales intemporelles, un entonnoir dans la durée qui témoigne en faveur de son éternité. Celui-ci reste à la même place, s’installe, persiste ou insiste au-delà toute chronologie. On dirait qu’une forme immatérielle vient s’emparer du flux des eaux, qu’une morphologie intangible vient en capturer le cours pour s’installer, comme Parménide, sur le dos d’Héraclite. Devant tel ou tel rocher, c’est bien le même entonnoir qui se creuse et stabilise un cercle qui perdure aussi longtemps que le roc sur lequel il se divise. Des formes durables s’accrochent au transitoire, se construisent, instantanément, au dessus du mobilisme universel comme ces toiles d’araignées, souples mais immobiles dont Nietzsche disait qu’elles construisaient leur cathédrale sur le torrent.
On verra ainsi l’être se surimposer au devenir, l’éternité au temps le long d’un creuset qui se tient là sans ajouter aucun poids à l’eau, mais en changeant néanmoins tout en surface comme en profondeur, lui proposant une morphologie insistante et presque hors du temps. La turbulence produite par le choc des courants et contre-courants permet de fondre finalement les deux postures grecques de l’être et du devenir dans un double détournement que Hölderlin n’était pas loin de pressentir en soumettant le tragique à l’orbe même du plus monstrueux des accouplements.

Jean-Clet Martin

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