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- Rang parmi les ventes Amazon: #363 dans Livres
- Publié le: 2002-08-05
- Langue d'origine: Français
- Reliure: Poche
- 406 pages
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L'homme moderne perd sa vie à la gagner. Que fait-il, en effet ? Travailler pour subvenir à ses besoins ? Oeuvrer pour construire un monde d'objets dont les plus éminents sont les oeuvres d'art ? Agir au sens politique du terme pour instituer un monde commun régi par des valeurs communes ? Sans conteste, de ces trois modalités de la vie active (par opposition à la vie contemplative des Anciens), la dernière est désormais sacrifiée. Notre époque est ainsi marquée par le dépérissement du politique et le triomphe de l'économie. La condition de l'homme moderne est celle d'un homo laborans qui ne se reconnaît plus dans ce qu'il fait, et non celle de cet animal politique, comme le définissait Aristote, qui se construisait en construisant la cité.
L'horreur économique n'a pas attendu la mondialisation pour alerter les philosophes. Ne patientez pas jusqu'à la prochaine dépression boursière pour vous donner le loisir de lire ce classique résolument moderne ! --Paul Klein
Idées clés, par Business Digest
La glorification de la vie active.
La modernité se caractérise essentiellement par un renversement, qui consiste à faire de la vie active, et non plus de la vie contemplative, ce qui constitue l'humanité de l'homme. Cette inversion est aussi ce qui fonde l'aliénation de l'homme moderne, qui finit par ne plus comprendre ce qu'il fait.
Travail, oeuvre, action : trois modalités fondamentales de la vie active.
La vie active désigne trois manières pour l'homme d'être lié au temps : l'homme travaille pour survivre, il produit des oeuvres pour conférer une permanence à son existence, ses actions sont la condition même de l'Histoire. En sur-valorisant le travail, la modernité condamne l'homme au caractère éphémère de la vie.
L'action comme condition du politique.
Sans l'action et le langage qui les sauvent de l'oubli, le travail et les oeuvres des hommes n'auraient aucun sens. En valorisant la production d'objets matériels au détriment de l'action des hommes dans le monde, la modernité aboutit nécessairement à une dégradation du politique : les hommes n'ont plus de monde en commun.
Business Digest
Notre rapport au monde, au travail, à l'action, est gouverné par une idéologie d'autant violente qu'elle s'impose sur un mode implicite. Il va de soi que celui qui ne produit pas n'existe pas ; il va de soi que travailler c'est produire et que vivre c'est consommer ; il va de soi qu'il faut produire plus, plus vite, avec le minimum de coûts. Hannah Arendt expose (souvent sur un mode confus et moins opératoire que Marx) la réduction idéologique mortelle auquel le monde moderne s'est soumis comme s'il s'agissait d'une fatalité. Fatalité du marché, fatalité de la mondialisation, fatalité du progrès au nom d'une seule et même loi : la productivité... Et celui qui parfois tente de négocier avec cette soit-disant fatalité apparaît comme un réactionnaire dépressif ou un utopiste dangereux qui n'a ni le sens du terrain ni le sens de l'histoire.
La victoire de «l'homo faber» est proclamée, et l'époque moderne se caractérise par un certain nombre de croyances qui consignent cette victoire : confiance aveugle placée dans la technique, assimilation de l'intelligence à l'ingéniosité, soumission au principe d'utilité, instrumentalisation du monde et identification de la fabrication à l'action.
Et pourtant si l'on se veut homme de terrain et de décision l'on est bien obligé de constater que la vie active ne s'épuise pas dans la notion de travail-production, que l'essentiel dans les entreprises se joue dans ces autres modalités de la vie active que sont l'oeuvre et l'action. Le diagnostic d'Hannah Arendt garde-t-il sa pertinence à l'heure du management, de l'innovation, de la création de richesse immatérielle, de marché de l'information ? Autrement dit les entreprises opèrent-elles encore cette réduction de la vie active au travail produisant des objets périssables, de l'homme au producteur-consommateur ? Oui et non.
Non, parce que ceux qui sont amenés à diriger des hommes, à conduire des projets, à mobiliser des énergies, à innover, sentent que leur action se définit davantage selon les catégories de l'oeuvre et du «faire» que selon celle du travail. Assurer une certaine permanence et cohérence à un projet, gérer des conflits, créer des synergies et un authentique sens de l'équipe, imaginer de nouvelles façons de faire ou de nouveaux produits, de fait cela ressort plus de l'action que du travail de production.
Oui, parce que ce qui pouvait apparaître comme une perspective il y a une quarantaine d'années est devenu la réalité quotidienne d'une partie de ceux qui voudraient contribuer au cycle production-consommation et qui s'en trouvent exclus.
Oui, d'autant que les critères selon lesquels on évalue le «faire» de la production sont devenus les seuls critères de l'action. L'homme quoiqu'il fasse est assimilé à un homo faber (une ressource) ses «actes» doivent être productifs comme une machine.
Le problème aujourd'hui est sans doute moins une exclusion des deux dernières catégories qu'une confusion idéologique qui vise à évaluer et à déterminer l'oeuvre et l'action à partir des critères du travail.
La réduction de l'homme à l'homo faber n'a pas supprimé l'homme qui pense, qui agit, qui décide et qui contemple, elle a fait pire, en le soumettant à des catégories ou valeurs qui ne peuvent être les siennes. La révolution économique et technique, dont on ne peut ni ne doit sous-estimer les effets, nous contraint à une rationalité limitée à ce qui est quantifiable et mesurable. Elle opère donc une confusion (à son avantage) entre ce qui est de l'ordre de la technique et ce qui s'y refuse, entre ce qui appartient à l'objet (connaissance technique, production, consommation) et ce qui est du ressort du sujet (décision, innovation, instauration d'un monde). Et le théâtre le plus spectaculaire de cette confusion, c'est l'entreprise.
Elle prône le risque, l'innovation, le management participatif (catégories du sujet, de l'oeuvre et de l'action) mais elle les évalue avec les critères de la production et de la technique : les effets doivent être immédiatement visibles et utiles c'est-à-dire productifs et certains. Or, celui qui prend un risque, qui invente une nouvelle manière de faire ou d'être, sent bien qu'il lui faut du temps (un autre temps que celui de la production), une maîtrise (une autre maîtrise que celle de la technique), une confiance en ceux avec qui il se lance (qui est bien autre chose qu'un contrôle qualité), bref des critères qui ne sont pas ceux de l'homo faber.
L'enjeu de l'entreprise, c'est de sortir de cette confusion entre ce qui appartient au monde de la technique (application qui doit être parfaite et productive) et ce qui relève du monde de l'humain (implication toujours fragile à renouveler) en évaluant selon les critères adéquats ce qui fait la spécificité de chaque mode d'action. Par exemple ne pas demander au même moment d'être innovants et performants, de prendre des risques et d'assurer une prévisibilité parfaite, d'être spécialiste et ouvert à toute possibilité, d'être rapide et réfléchi, de penser et de produire.
Ce n'est qu'en renonçant à ces confusions que l'entreprise cessera d'exacerber nos contradictions pour devenir un lieu possible de sens. -- Christine Cayol --
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile.
Livre indispensable - Édition minable
Par Paul Levesque
Lecture indispensable et réflexion aussi pertinente que profonde sur la condition moderne, caractérisée non seulement par l''inversion des priorités entre la « vie active » et la « vie contemplative », mais aussi et surtout par le renversement de la hérarchie qui, dans le monde antique, caractérisait les trois composantes de la vie active (le travail, l''œuvre et l'action) pour donner la priorité absolue au seul travail et considère l''homme quasi exclusivement comme animal laborans, par opposition à l''homo faber qui se réalise dans l''œuvre et au « zôon politicon » qui se réalise dans l''action. Cette mise en exergue de l''animal laborans se traduit par la subjugation de l''imaginaire moderne par l''économie.
Malheureusement, même si la traduction est d''une fluidité et d''une précision remarquables, l''édition est minable. Non seulement le texte est rempli de coquilles, mais pour une raison incompréhensible, la numérotation des paragraphes de l''édition originale anglaise a été omise (alors même que de nombreuses notes en bas de page y font référence!). L'absence d''un index thématique à la fin de l'ouvrage, également présent dans l''édition originale, en rendent la lecture beaucoup moins fructueuse. Dommage, car il faut convenir qu''il s'agit d''une œuvre phare de la pensée politique et philosophique.
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile.
Lumineux!
Par Bertomeu Philippe
Hannah Harendt nous révèle avec une fascinante lucidité ce qui couve sous la course effrénée de la modernité. Avec une profondeur peu commune et tout en restant "lisible" même pour des non spécialistes, elle nous fait toucher du bout de la conscience, les vertiges de l'homme moderne ébranlé par les processus qu'il a lui-même mis en route. A lire sans modération, pour ceux qui ont pour devise la liberté, et qui croient encore en un monde fait de main d'homme qui donne le sens à toute vie qui s'en vient, à toute vie qui s'en va.
8 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile.
La "vita activa"
Par D. Henri
Ce second ouvrage d'Hannah Arendt marque un changement de registre notable par rapport au premier « Les origines du totalitarisme ». Se trouvent dans ce second ouvrage les éclaircissements proprement philosophiques que le premier appelait. H. Arendt avait en effet acquis une solide formation philosophique sous la direction des trois philosophes les plus réputés de l'entre-deux-guerres : Heidegger, Husserl et Jaspers.
Selon P. Ricoeur qui a rédigé la Préface de `Condition de l'homme moderne', on peut appeler « anthropologie philosophique cette [nouvelle] méditation d'Arendt. Entendons par là une investigation qui vise à identifier les traits les plus durables de la [vita activa], ceux qui sont les moins vulnérables aux vicissitudes de l'âge moderne. C'est par là que `Condition de l'homme moderne' reprend en profondeur la question posée par une idéologie où tout est mouvement et où tout est possible. C'est, à mon avis, sous cet angle qu'il faut examiner la distinction entre travail (`labor') et aeuvre (`work') et action (`action'), les trois constituants de la `vita activa'.
C'est pourquoi je me suis employé [ici] à dégager un critère philosophique qui corresponde exactement à la question restée sans réponse dix ans plus tôt : à quelle condition un état non totalitaire est-il possible ? Si l'hypothèse totalitaire est celle de l'absence de stabilité de la nature humaine, celle de la possibilité de changer la nature humaine, le critère le mieux approprié à la nouvelle enquête doit consister dans une évaluation des différentes activités humaines du point de vue temporel de leur durabilité...La lecture que j'ai adoptée trouvera en outre un renfort dans les analyses que l'auteur consacre aux rapporte entre action, histoire racontée (`story') et historiographie (`history') seulement esquissés ici dans la dernière section consacrée à l'action et qui seront développés dans `Le concept moderne de l'histoire' ».
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