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Détails sur le produit
- Rang parmi les ventes Amazon: #47237 dans Livres
- Publié le: 2007-09-18
- Langue d'origine: Français
- Reliure: Poche
- 301 pages
Révisions éditoriales
Présentation de l'éditeur
On a pu espérer, un temps, que les monstruosités de la Seconde Guerre mondiale étaient derrière nous. Définitivement. Or partout, à nouveau, on massacre, on torture, on extermine. Comment comprendre cette facilité des hommes à entrer dans le mal ? Michel Terestchenko rouvre ici le débat, en complétant notamment la démonstration de Hannah Arendt. Héros ou salaud ? C'est toujours une décision initiale, à peine perceptible, qui décide du côté dans lequel, une fois engagé, on se retrouvera in fine. Mais qu'est-ce qui explique cette décision ? C'est là où l'enquête de M. Terestchenko prend toute son ampleur. Elle montre combien est stérile l'opposition entre tenants de la thèse de l'égoïsme psychologique et défenseurs de l'hypothèse d'un altruisme sacrificiel. Ce n'est pas par " intérêt " que l'on tue ou que l'on torture. Ni par pur altruisme qu'on se refuse à l'abjection. Les travaux qui analysent les phénomènes de soumission à l'autorité, de conformisme de groupe ou de passivité face à des situations de détresse invitent à comprendre tout autrement les conduites de destructivité. Tirant les conclusions philosophiques de recherches récentes entreprises en psychologie sociale et s'appuyant sur certains exemples historiques particulièrement éclairants, l'auteur propose de penser les conduites humaines face au mal selon un nouveau paradigme : celui de l'absence ou de la présence à soi.
Biographie de l'auteur
Michel Terestchenko, maître de conférences de philosophie à l'université de Reims et à l'IEP d'Aix-en-Provence, est l'auteur de plusieurs ouvrages de philosophie politique (Philosophie politique, 2 vol., Hachette, 1994) et de philosophie morale (Amour et désespoir, Le Seuil, 2000). Il a également publié Les Complaisantes : Jonathan Littell et l'écriture du mal, avec Edouard Husson (éd. F.-G. de Guibert, 2007).
Commentaires clients
Commentaires clients les plus utiles
20 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile.
FOR-MI-DA-BLE !
Par Hervé LAPLAIZE
Ce livre est formidable. Sur un sujet essentiel, le bien et le mal - concrètement illustré par les actes de tuerie tellement énormes de la seconde guerre mondiale qu'on peine à y reconnaître des actes humains - ce livre apporte des éléments que je trouve à la fois crédibles, déterminants et surtout instructifs pour notre vie.
Je ne me savais pas soumis à ce point à l'autorité légitime. Je ne me savais pas aussi influençable par le groupe et le regard de l'autre. Je ne savais pas que mes idées, aussi généreuses soient-elles, pouvaient n'être qu'inconsistance à un moment donné.
Je crois effectivement que toute personne peut s'abstenir de porter secours dans certaines circonstances, peut devenir un véritable assassin à la manière du commandant du camp de Treblinka, peut faire souffrir l'autre lorsqu'on lui en donne l'ordre et qu'il est placé dans des circonstances qui le stressent (Cf. la prison d'Abou Grahib).
Je crois effectivement que la décision prise dans l'instant (s'arrêter ou passer son chemin, dire oui ou non à la compromission) résulte d'un quelque chose intime à la personne qui ne se confond pas avec les idées et que l'impulsion à agir en accord avec ces idées se travaille probablement toute notre vie.
Ce livre est pour moi une magnifique illustration du travail qui doit saisir tout citoyen de notre pays en face du mot FRATERNITE de notre devise. Il découvre aussi l'ampleur de la tâche... Et ce ne sont pas les récentes violences de novembre qui vont démentir ceci.
Lorsque mes enfants seront grands, en âge de prendre totalement leur vie en main, je pense leur offrir ce cadeau inestimable que nous fait l'auteur de ce livre.
16 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile.
Un livre qui renouvelle enfin notre vision de l'homme
Par Maurel
Le livre de Michel Terestchenko est une véritable bouffée d'air dans le pessimisme philosophique ambiant.
Il rompt en effet avec une tradition multiséculaire, remontant au moins à saint Augustin, qui fait de l'égoïsme le fond naturel de l'homme.
Et le paradoxe, c'est qu'il le fait sans la moindre complaisance en s'appuyant sur des expériences à mille lieues de tout optimisme béat : celles de Milgram sur la soumission à l'autorité, celles de Philip Zimbardo sur la "prison de Stanford", celles de Latané et Darley sur la passivité), ainsi que sur les réalités les plus sinistres du XXe siècle (témoignage du commandant du camp de Treblinka, livre de Christopher Browning sur le 101e bataillon de réserve de la police allemande).
A ces réalités terribles qui pourraient être désespérantes, Michel Terestchenko oppose le comportement des "justes" qui ont sauvé, au péril de leur propre vie, la vie de milliers de juifs (deux chapitres bouleversants sur Giorgio Perlasca et sur le village de Chambon sur Lignon). Où ces "justes" ont-ils puisé leur courage et leur humanité si l'homme n'est vraiment qu'égoïsme?
Avec une rigueur constante, Michel Terestchenko recherche la source de cet héroïsme.
Et il la trouve non pas dans le caractère exceptionnel de ces hommes et de ces femmes qui tous ont dit, au contraire, qu'ils avaient agi naturellement et qu'il leur aurait été impossible de se conduire autrement, mais dans leur simple "présence à soi" qui les a rendus capables non seulement d'éprouver de la compassion pour ceux qu'ils ont sauvé, mais aussi d'agir et d'agir intelligemment et efficacement. La condition nécessaire pour cela, ce n'est pas d'être un surhomme, c'est d'être simplement un homme et d'avoir toute sa personnalité disponible au moment voulu avec toutes ses capacités. Chose rare, malheureusement. Pourquoi?
Michel Terestchenko nous donne la réponse. Cette réponse n'est pas le résultat d'un raisonnement abstrait, mais elle s'appuie sur une enquête rigoureuse, celle qui a été menée précisément sur plus de quatre cents "justes" par Samuel et Pearl Oliner. Le point que ces hommes et ces femmes ont eu en commun, écrit Michel Terestchenko, ce sont, dans leur enfance, "des relations familiales faites d'affection et de confiance, un certain type d'éducation non autoritaire et qui transmette les valeurs de l'aide". Voilà de quoi bousculer bien des idées actuelles sur l'éducation selon lesquelles il faudrait "serrer la vis" aux enfants pour en faire des hommes!
Autrement dit, le livre de Michel Terestchenko rejoint les conclusions des livres d'Alice Miller dont les idées le complètent très utilement. En effet, les idées d'Alice Miller permettent de répondre à la question que pose Michel Terestchenko : ""La question est de savoir pourquoi l'égoïsme psychologique jouit d'un tel privilège dans l'interprétation des motivations humaines".
Quand on tient compte, comme l'a fait Alice Miller, de cette réalité méconnue et pourtant quasi universelle de la violence éducative, celle qu'on utilise pour faire obéir les enfants, il devient aisé de comprendre pourquoi seule une minorité d'hommes et de femmes qui ont été respectés ou qui ont compris que ce qu'on leur a infligé pour les faire obéir était un mal, sont capables de se conduire humainement dans les pires circonstances.
Et l'on comprend aisément aussi pourquoi l'égoïsme a été considéré comme la principale motivation humaine. Une des premières choses qu'apprend l'enfant quand il est traité avec violence par ses parents, même si cette violence est faible, c'est qu'il est méchant, mauvais, désobéissant, minable, égoïste. Et comme ce sont les êtres qu'il aime le plus au monde et dont il est entièrement dépendant qui le lui disent, il en est convaincu et il en reste convaincu toute sa vie. Et comme il voit qu'autour de lui tous les enfants sont frappés, il est convaincu que les autres enfants sont comme lui et que l'humanité est mauvaise dès le départ. Et quand ces enfants deviennent philosophes ou moralistes et s'appellent Augustin, La Rochefoucauld, Kant ou Freud, ils s'acharnent à prouver que l'homme est foncièrement égoïste et laissent entendre que les hommes et les femmes capables d'humanité le sont par une grâce exceptionnelle, par intérêt ou par "sublimation de leurs pulsions"!
Oui, vraiment, le livre de Michel Terestchenko ouvre une voie nouvelle à nos réflexions sur l'humanité. Lisez-le, vous ne le regretterez pas.
22 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile.
Une question cruciale, traitée avec brio.
Par Johan Rivalland
Je n'ai jamais oublié mon sujet de Philosophie au baccalauréat : « Le don peut-il être gratuit ou n'est-il qu'une simple forme de l'échange ? ». J'y ai souvent repensé, sans en avoir un jour une réponse structurée.
Les réflexions philosophiques qui mènent progressivement au sujet passionnant qui est au coeur de cet ouvrage me permettent enfin d'obtenir satisfaction. Partant du paradigme égoïste tel que formulé par Hobbes, La Rochefoucaud, Mandeville ou Bentham, dont il expose à la manière d'un professeur captivant les postulats fondamentaux, Michel Terestchenko montre en quoi il est critiquable, bien qu'ayant grandement influencé les sciences humaines contemporaines depuis plus de trois siècles. Selon ce paradigme, les conduites véritablement altruistes n'existeraient pas, les ressorts de la motivation apparaissant toujours tôt ou tard de nature intéressée.
Or, les exemples abondent de personnages exceptionnels ou même plus ordinaires qui, par leurs actes ou leur dévouement mettent à mal ces théories.
S'appuyant sur les travaux de Hutcheson, Hume, puis Adam Smith ou par extension Emmanuel Kant, notamment, l'auteur dépasse la « loi de l'amour-propre » fondée par La Rochefoucaud pour démontrer qu'il existe bel et bien des conduites réellement désintéressées.
La doctrine du sens moral d'Hutcheson, reposant sur la notion de bienveillance à l'égard d'autrui, qui constitue ce que l'on appelle une véritable vertu, à laquelle on peut ajouter les compassions, trouvent leur prolongement dans la notion de « générosité restreinte » de David Hume. Celle-ci, tout en démontrant la vision réductrice de la nature humaine centrée sur l'égoïsme, postule que les affections de bienveillance sont limitées essentiellement aux proches et s'atténuent fortement au fur et à mesure de l'éloignement de leur initiateur, rendant impossible une universalité de l'éthique du sentiment moral. Et c'est ce qui va permettre de déboucher sur une explication des phénomènes de passivité, de conformisme de groupe, de soumission à l'autorité, ou de destructivité, au caeur de cet ouvrage, qui tente d'analyser les raisons pour lesquelles des hommes pourtant ordinaires et nullement pervers peuvent, dans certaines situations, se mettre à massacrer, torturer ou exterminer d'autres humains. Une question qui peut être, pour la plupart d'entre-nous, obsédante.
Témoignages, cas pratiques et grands auteurs se succèdent pour mieux nourrir la réflexion, à l'image des plus grands criminels Nazis, dont certains comme Stangl, commandant du camp d'extermination de Tréblinka, pouvaient être tout à fait intelligents et aucunement malveillants, mais ce sont comportés comme de médiocres « fonctionnaires du mal » par passivité, peur, instinct de survie, ou simple obéissance aux ordres, se laissant entraîner progressivement dans une effroyable corruption de leur être alors que rien ne l'aurait laissé présager, ne parvenant pas à prendre conscience que « la responsabilité d'un homme ne porte pas seulement sur les intentions de sa volonté, mais sur la réalité des actes qu'il a commis, quelles que soient les contraintes, les menaces, les forces hostiles qui aient pu s'exercer sur lui ».
Effrayante « banalité du mal », comme l'avait déjà révélé pour la première fois Hannah Arendt dans ses excellentes analyses.
Le courage exceptionnel de désobéir à l'autorité ou au système est, en l'espèce, le seul gage de la non renonciation à sa véritable liberté, thème qui m'est particulièrement cher et guide la plupart des mes lectures.
On rejoint ici le thème de la nécessaire autorité, qui régit toute société , mais qui s'impose d'autant plus comme une norme difficile à contourner que l'on se situe dans un Etat bureaucratique, dédouanant chacun du sens de ses responsabilités personnelles, se sentant ainsi absout par le devoir d'obéissance au système et à la collectivité, ce qui débouche directement sur les conduites humaines de destructivité.
Très inquiétant, car rien ne permet de penser que des massacres ou génocides tels que ceux perpétrés dans de nombreux systèmes collectivistes d'obédience socialiste en particulier ne puissent se reproduire à tout moment. Débat qui renvoie une nouvelle fois à la conception de la liberté de l'homme et de l'appel à son sens des responsabilités, ainsi qu'à sa conscience (voir Sophie Scholl).
Il peut être utile, notamment, de prolonger la réflexion par la lecture du très intéressant « Socrate contre Antigone ? Le problème de l'obéissance à la loi inique en philosophie morale » de Thierry de Vingt-Hanaps, dont je tarde depuis longtemps à rédiger un commentaire.
Le retour de Michel Terestchenko sur les effroyables conclusions de l'expérience de Milgram (ainsi que sur celle de la prison de Stanford, développée au chapitre suivant), après en avoir rappelé les principes et les conditions, prouve d'ailleurs l'universalité de la propension humaine à obéir passivement et à infliger en certaines circonstances des souffrances à d'autres hommes, même si tous n'y succombent pas, dès lors que l'on se trouve notamment dans un univers clos (hôpitaux psychiatriques, prisons, armée, couvents, etc.), particulièrement propices aux dérives totalitaires.
Et la mise en pratique, à travers le terrifiant récit des déportations et massacres de Juifs polonais par le 101ème bataillon de réserve de police allemande entre juillet 1942 et novembre 1943, constitue une illustration de la capacité « d'hommes ordinaires » à se transformer en de froids tueurs obéissants et sans scrupules.
Je ne présente ici que la première partie de l'ouvrage, car la place me manque. La deuxième revient ensuite, à travers de nouveau de multiples exemples concrets et réflexions hautement philosophiques sur le débat altruisme, égoïsme et moralité, dont on peut encore tirer de multiples enseignements, cet ouvrage étant décidément une pure merveille, un vrai joyau, que je ne saurais que conseiller avec le plus grand enthousiasme.
On pourra, là encore, en prolonger la réflexion par la lecture du complexe « La vertu d'égoïsme » d'Ayn Rand.
Un ouvrage, vous l'aurez compris, absolument passionnant. A lire, pour mieux comprendre l'être humain et ses agissements et avoir une explication très fine et approfondie de ce qui motive les comportements à l'origine des meurtres de masse et des pires monstruosités que l'on connaisse.
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