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La technique et la science comme "idéologie"
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Détails sur le produit
- Rang parmi les ventes Amazon: #45749 dans Livres
- Publié le: 1990-01-01
- Langue d'origine: Français
- Reliure: Poche
- 211 pages
Révisions éditoriales
Idées clés, par Business Digest
La rationalisation contient une double dimension.
Dans nos sociétés industrielles, la rationalisation tend à se réduire à un champ d'application ne visant qu'à un accroissement des forces productives et à une extension du pouvoir de disposer du monde techniquement. La technique devient une sorte d'idéologie dont on attend des solutions universelles. Pourtant, la rationalisation peut aussi être un moyen d'émancipation relationnel où l'interaction avec le monde (les choses et les êtres) passe par le langage et exclut toute relation de pouvoir.
Il convient de rapprocher technique et pratique.
La réintégration, au sein d'une organisation démocratique, du pouvoir de disposer techniquement des choses doit passer par une discussion mettant en rapport la dialectique d'un pouvoir et d'un savoir technique avec un savoir et un vouloir pratique.
La connaissance est vaine si elle n'est pas sous-tendue par un intérêt.
L'idée d'une théorie pure, d'une connaissance dénuée d'intérêt pratique, relève d'une illusion. Notre connaissance de la réalité emprunte différents chemins, différentes méthodes, qui dévoilent finalement toujours un intérêt qu'il soit technique, pratique ou émancipateur.
Business Digest
De plus en plus, les nouvelles technologies de l'information et des communications bouleversent profondément les économies des pays développés, leur insufflant une formidable accélération technologique concomitante avec l'apparition de graves problèmes sociaux tels que le chômage ou la pauvreté. Faut-il regretter les progrès de la science et des techniques ? Faut-il freiner la croissance de la productivité qui en découle pour en atténuer les conséquences sociales négatives ? Sans répondre directement à ces questions fondamentales, nous pouvons puiser dans les cinq essais d'Habermas des éléments de réponse.
En effet, dans le premier texte, écrit en 1968 et réédité en France en 1990 en raison de la richesse de son contenu et de son actualité persistante, nous avons une démonstration de l'objectivité de la science et des techniques et du caractère inéluctable de leur développement accéléré.
Pour Habermas, il n'y a pas d'alternative au progrès scientifique et technique. Il réfute ainsi les thèses pessimistes de Herbert Marcuse, qui pense que la rationalité scientifique est une forme de domination politique inavouée de la classe sociale qui dirige, et que la civilisation industrielle intègre l'Homme dans un système de comportement unidimensionnel stéréotypé qui lui ôte tout autre choix d'évolution différente. Habermas lui oppose à juste titre les règles objectives de la logique et du contrôle par le succès comme fondement de la rationalité de la science et de la technique.
Toutefois, et c'est là qu'intervient l'originalité de la pensée d'Habermas, il distingue l'activité rationnelle, le travail, et l'activité communicationnelle, l'interaction. Or, sous la pression des progrès des sciences et des techniques, la société s'est transformée et le domaine de la rationalité s'impose sur celui de l'interaction. Il est intéressant de constater qu'Habermas décompose l'activité rationnelle, comme nous pouvons le faire au sein d'une entreprise, d'une part en une activité instrumentale qui obéit à des règles techniques, et d'autre part en stratégies qui reposent sur un savoir analytique et qui dépendent de l'évaluation correcte des alternatives de comportements possibles.
L'activité communicationnelle structure, par les règles et les langages qu'elle impose, des cadres institutionnels, des comportements sociaux et des classes sociales. Le développement de la rationalité modifie le rôle de l'Etat, reconcentré sur la compensation des dysfonctionnements créés par le libre-échange des marchés et sur le développement de la recherche scientifique et technique.
Habermas insiste surtout sur le fait qu'une véritable libération de la communication doit être réalisée pour aller vers un processus de réflexion généralisée à l'échelle de la société : il pensait en effet que l'opinion publique était manipulée par les médias qui restreignent le débat «à ce que nous voulons avoir pour vivre et non sur la façon dont nous aimerions vivre si, compte tenu des potentiels que l'on peut atteindre par les progrès scientifiques, nous arrivions à savoir comment nous pourrions vivre».
La faiblesse d'Habermas a été de ne pas prendre assez de recul sur les événement de la fin des année 70, et de croire que seuls les étudiants et lycéens représentaient un potentiel protestataire pour lancer le vrai débat, et étendre ainsi le champ de la rationalisation. Il sous-estimait la déferlante des technologies de l'information qui allait libérer totalement l'information.
Véritable analyste de la mutation de notre société, Habermas avait néanmoins, il y a trente ans, une clairvoyance de ce que la science et la technique allaient entraîner comme bouleversements de notre organisation sociale. Son principal message, particulièrement actuel, était que la société pouvait d'autant plus en tirer profit que sa capacité d'ouverture et de rationalité collective seraient grandes. -- Christian Mille --
